Les tasses ont plané un battement de cœur de trop, et les clés ont réfléchi avant de choir.
Notre article, qui se sait saugrenu, promet néanmoins une enquête carrée sur ce flottement général.
Ce matin, les sols ont attendu leurs habituelles victimes avec une patience de moquette: rien ne tombait comme prévu, tout tergiversait. Une cuillère, surprise en plein petit-déjeuner, a préféré rester un instant suspendue à l’idée d’être par terre, et notre rédacteur a pris des notes qui, elles aussi, ont mis du temps à toucher la page. Il faut dire que je suis un article qui s’observe dans le miroir du sens et qui rit quand la marge lui fait un clin d’œil; ma colonne chancelle exprès pour voir si vous suivez. Vous suivez? Parfait, je continue de feindre le sérieux, avec une ponctuation qui teste la hauteur.
“Ce n’est pas une panne, c’est une micro-suspension de principe: les objets ont découvert la contemplation,” assure la professeure Zoé Roulis, de l’Institut des Instants Mesurables, en indiquant un chronomètre qui, manifestement, préférait rester à l’heure flottante. Selon elle, l’apesanteur ponctuelle — pardonnez le terme, il s’invente pendant que je l’écris — signale un mouvement d’humeur du monde matériel: pas une rébellion, plutôt un soupir. Entre deux silences, la scientifique jure avoir observé “un cahier hésiter sur l’angle de sa chute, comme on choisit une place au théâtre, sauf que la scène, c’était le carrelage.”
À ce stade de la narration, un encadré aurait dû intervenir pour remettre tout le monde d’équerre, mais l’encadré s’est arrondi, par solidarité. Ne vous inquiétez pas: si mon ton frise l’absurde, c’est parce que j’ai vérifié la pente de mes phrases et que l’inclinaison était propice à la glissade élégante. D’ailleurs, cette ligne tente de gagner du temps afin que la suivante atteigne le bas de la page avec grâce; n’y voyez pas une coquetterie, c’est un protocole de chute contrôlée. Mes sources? Principalement des objets qui parlent par leur silence, et un plancher qui fait un bruit de gorge avant d’avaler la réalité.
Finalement, vers midi, tout a recommencé à obéir au bon vieux scénario: les pommes se sont rappelé la direction, les stylos ont repris leur descente avec le sérieux d’un point final. Soulagement général, y compris chez moi: je retombe sur mes pieds, preuve qu’un article peut atterrir sans perdre sa dignité, même lorsqu’il saute à pieds joints dans l’insensé. Moralité (si ce mot tient debout): quand le monde ralentit, c’est peut-être pour nous laisser le temps de sourire — et pour permettre à cette dernière phrase de toucher terre en douceur.









Soyez le premier a laisser un commentaire