Ce matin, les aiguilles ont démissionné pour devenir des moustaches et se coucher sur des oranges vernies.
La cité, en pantoufles de nuages, s’est réveillée les poches pleines d’un temps tout à fait liquide.
Sur la place aux Planches Inutiles, le marché des songes a ouvert plus tôt: des bocaux d’heures frémissantes, des minutes en gelée, et des secondes sèches empilées comme des cartes postales de l’avenir. À l’ombre des parasols-béquilles, un clocher s’est penché pour goûter une saumure de crépuscule; les pavés, pris d’un frisson courtois, ont secrètement troqué leurs ombres contre des rubans de sel. Les statues, quant à elles, ont toussé des papillons d’ombre avant de remettre leurs tiroirs thoraciques en ordre alphabétique.
À l’étal du Maître Horloger des Marées, on propose la réparation des souvenirs mous: un pinceau d’huile pour regonfler les midis flétris, une éponge pour effacer les dimanches qui bavent, et des ampoules à rêves pour éclairer la sieste verticale. « Le jour a glissé par une couture invisible, et la nuit a posé sa perruque sur ma tasse de café; j’ai payé mon café avec trois soupirs et un morceau de silence », confie Hortense Cabriole, vendeuse de minutes d’occasion, en remuant un seau d’aubes mal rangées.
Plus loin, un troupeau de miroirs domestiques rumine des paysages qui ne leur appartiennent pas: des plages à moustaches, des pommes qui s’endorment debout, des valises qui apprennent à marcher en équilibre sur des fils d’hirondelle. Un chariot de pain aboie doucement, tenu en laisse par un fil de craie; un poisson, poli comme une cuillère, respire des allumettes sans enflammer l’air. Les marchands recommandent de ne pas nourrir les reflets après midi: ils prennent goût aux souvenirs et refusent de rentrer dans leurs cadres.
Au signal d’un violon suspendu, les nuages apprivoisent les toits en leur promettant une sieste avec vue sur le dedans des choses. Les affiches annoncent une promotion sur les horizons pliables et les orages à emporter; on jure aussi qu’une pluie de clés ouvrira tout à l’heure les armoires où sommeillent les dimanches d’antan. D’ici là, la ville respire en arrière et les pas écrivent des parenthèses sur la poussière, tandis que la nouvelle, très officielle et parfaitement invérifiable, confirme: aujourd’hui, le temps se boit à la paille.









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