À l’aube, l’Horloge Centrale a glissé comme une pêche au soleil, répandant un sirop de minutes sur les trottoirs.
Les passants, coiffés de nuages domestiques, ont ramassé le temps au filet à papillons.
Ce matin, la place s’est réveillée toute en velours mou: les aiguilles, fléchies par la chaleur du rêve, se sont allongées sur les balcons comme des chats de cuivre; des tiroirs ont poussé dans les façades et, de leurs entrailles vernies, s’échappaient des calendriers pliés en bateaux. Un tram a roulé sur des rails de satin, laissant derrière lui une odeur d’orange mécanique et de craie humide. Au kiosque, un téléphone-langouste a sonné trois fois puis s’est tu, embarrassé par son propre sel. Des béquilles, dressées comme des peupliers, soutenaient la lune pâle oubliée sur un toit.
Les témoins parlent bas, par respect pour la sieste du jour. On raconte qu’un piano, pris de modestie, s’est couvert de porcelaine et a avalé ses touches une à une, pour mieux écouter le silence grandir. “Je vous jure, les secondes faisaient des bulles sous ma langue, comme si le midi avait appris à nager”, a confié Madame Girelle, marchande de silence, encore coiffée d’une couronne de miettes d’aurore. Dans la fontaine, un cor d’abondance en spirale – corne de rhinocéros improbable – déversait non pas de l’eau, mais des miettes d’ombre prêtes à l’emploi.
Les spécialistes de la sieste diagonale avancent une hypothèse: la ville aurait bâillé trop grand. Le sable du sablier, pris d’embruns, aurait cherché la mer la plus proche et se serait éparpillé en minutes marines, d’où cette marée tiède sur les pavés. Dans la bibliothèque, les mots ont préféré l’apesanteur: des papillons d’encre se sont posés sur les frontons, battant des ailes au rythme d’un métronome sans tige. Des échelles de pain montent encore, droites et dorées, vers un ciel en coquille d’œuf.
Au crépuscule, on a vu des moustaches devenir cadrans solaires et des chapeaux couver des œufs d’orage jusqu’à complète tendresse. Les vitrines se sont allongées pour bâiller avec élégance, et le crépuscule, poli comme une pierre de poche, s’est glissé dans les manches des vestes. Demain, promet la météo intérieure, il pleuvra des tiroirs légers: chacun pourra y ranger un rêve, avec une béquille de rechange et un peu de sirop d’heure pour les trajets.









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