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Ouvert du lundi au jamais: chronique d’un tampon impossible

Notre envoyé spécial a tenté de déposer un dossier officiellement « urgent » qui n’existe pas encore.
Du ticket qui recule au formulaire introuvable mais obligatoire, récit d’une boucle administrative parfaite.

Arrivé à 7 h 58 au Centre des Démarches Unifiées, notre reporter découvre une porte indiquant: « Ouvert – Accès réservé aux détenteurs d’un ticket » juste au-dessus d’un distributeur marqué « Tickets remis après contrôle au guichet ». Derrière la vitre, un panneau conseille de télécharger le formulaire A-000 avant d’entrer, mais le formulaire n’est visible qu’une fois entré. Un agent surgit pour expliquer que l’exception à l’entrée sans ticket s’obtient en présentant le formulaire, lui-même accessible après entrée avec ticket. La file applaudit poliment: le numéro 142 vient d’être appelé, puis 141, puis 140, avant de sauter à 300 « pour fluidifier ».

À l’intérieur, la caisse des photocopies exige « la photocopie de l’original certifié conforme ». L’original est numérique, précisent les consignes, mais uniquement activable en personne, sur présentation de la preuve d’activation en ligne. La borne tactile propose « Créer un compte » à condition de « Se connecter ». Au mur, une affiche rassure: « Votre demande est simple: A dépend de B, B dépend de C, C confirme A. » Dans l’ascenseur, un autocollant indique que l’escalier est prioritaire; sur l’escalier, un autocollant renvoie à l’ascenseur, « jusqu’à nouvel avis ».

« Nous n’opposons jamais un refus, nous attestons une impossibilité temporaire permanente », glisse un agent au badge discret, avant de tamponner un post-it vierge pour « prouver l’intention de démarche ». Selon lui, la signature du demandeur ne peut précéder le tampon, qui ne peut précéder la signature, sauf si l’un précède l’autre simultanément: « Si vous signez sans tampon, c’est incomplet; si vous tamponnez sans signature, c’est prématuré; ensemble, c’est incohérent, donc irrecevable. » Il sourit, range son tampon dans un tiroir scellé et suggère de revenir « avant la fin du début de la procédure ».

À 12 h 01, les guichets ferment « pour inventaire des heures d’ouverture ». On propose alors un rendez-vous « immédiat à la prochaine disponibilité », laquelle affiche « Hier, 15 h 00 ». La prise de rendez-vous sur internet est « réservée aux personnes venues sans rendez-vous », et la ligne téléphonique renvoie vers le site « pour réduire l’attente ». De retour chez lui, notre envoyé reçoit déjà un courrier: son dossier a été « archivé pour absence de dépôt » et peut être contesté en personne le « mardi pair tombant un jour impair ». À défaut de contestation, « le silence vaudra acquiescement de votre renoncement, sous réserve d’un avis contraire que vous n’avez pas reçu ».

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