Au lever du jour, la file s’étire jusqu’à l’écluse: sur un radeau-fournil, des toques ruisselantes promettent des croissants qui ne craignent pas l’averse.
Entre loutres livreuses et poulpe tourier, la ville découvre le petit-déjeuner amphibie et trempe son pain sans état d’âme.
Sous un pont encore embrumé, des castors en tablier jaugent la marée comme d’autres vérifient une horloge. Un poulpe, chef tourier, étale simultanément huit pâtons avec la grâce d’un métronome marin, tandis qu’un martin-pêcheur surveille la dorure, bec au garde-à-vous. L’ardoise annonce: “Ici, coquillages sans contact acceptés.” Les loutres, en sac à dos étanche, filent sur le dos pour livrer des baguettes encore tièdes, et des canards, très sérieux, organisent la queue en colonnades parfaites le long du quai.
La clientèle s’est vite prise au jeu: des écureuils troquent des noisettes millésimées contre des pains aux algues, un hérisson critique gastronomique redoute cependant “l’attaque sournoise de la mie volante” sur ses piquants, et une carpe, lasse de voir son étang envahi d’odeurs beurrées, admet pourtant finir toutes les miettes à la fermeture. La spécialité maison, la “baguette-bouée”, promet de flotter vingt minutes sans perdre son croustillant; démonstration à l’appui, un ragondin chronomètre avec un vieux réveil trouvé au fond de l’eau.
“Nous avons enfin trouvé la mie à notre rivière,” assure Maître Éclat-de-Rive, chef castor au tablier constellé d’éclaboussures. “Ici, les baguettes lèvent au clapotis, pas à la vapeur, et si elles tombent à l’eau, elles apprennent à nager.” Demain, annonce l’équipe, lancement d’une brioche-bouée testée sous la cascade, avec service de nuit assuré par une chouette qui tamponne les cartes de fidélité à l’oreille, pour ne réveiller que les gourmands nocturnes.









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