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Midi porté disparu : les horloges ont pris la clé des champs

Ce matin, les aiguilles ont cessé de pointer, pour une fois volontairement.
La ville jongle avec un temps élastique : le café est “bientôt”, le dîner “pas encore”.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, il n’y a justement pas d’heure. Sur les tables de nuit, les réveils ont laissé des mots doux (“On prend de l’avance sur notre retard”), tandis que les pendules murales ont tiré un trait — littéralement : un long trait horizontal, façon sieste graphique. N’insistez pas pour savoir quand tout a commencé : nous avons vérifié, le début s’est défilé en remuant les secondes.

“Je jure que mon coucou a chuchoté ‘reviens demain d’hier’ avant de fermer son volet,” assure Noémie, horlogère qui, par souci de cohérence, n’accepte aujourd’hui que des rendez-vous flous. Elle montre son établi immobile comme une phrase sans verbe. “Je ne suis pas en retard, c’est le temps qui fait l’école buissonnière”, ajoute-t-elle, avec le sérieux de quelqu’un qui sait que ce paragraphe lui-même se retient de rire.

Ici, normalement, un expert expliquerait tout avec des mots à trois syllabes et une frise chronologique. Mais l’expert est coincé dans un quart d’heure qui s’éternise, et la frise s’est enroulée sur elle-même comme un ressort timide. Le rédacteur (coucou, c’est moi) confirme que cette information est parfaitement invérifiable, ce qui, reconnaissons-le, l’arrange quand l’absurde tient la plume et qu’une note de bas de page se prend pour une horloge parlante.

En attendant le retour de midi avec ou sans carte postale, les habitants mesurent la journée à l’ombre des verres d’eau et à la longueur des sourires. On se promet de se retrouver “après la prochaine envie”, ce qui vaut bien un cadran. Si vous avez l’impression que cet article finit sans tomber, c’est normal : la fin est passée tout à l’heure, pendant que vous lisiez la phrase précédente.

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