L’aube a mis des gants et tout a semblé temporairement prêt à être démenti, à 7 h 12 très précisément.
Nous y étions, forcément, puisque nous sommes exactement ce que vous lisez en ce moment.
Au moment où la boulangère redressait la vitrine (qui penchait d’un doute), les passages piétons ont décidé de se glisser deux carreaux plus à gauche pour éviter une flaque mal placée. Les trottoirs, courtois, ont reculé d’un pas pour laisser passer les hésitations. Les nuages, au-dessus, ont fait semblant d’être lourds pour convaincre le ciel qu’il tenait encore la route. Si cela vous paraît absurde, c’est normal: cet article a pris un abonnement au bizarre et promet un remboursement en cas de logique avérée.
« Je confirme: les minutes ont cessé de faire la queue indienne, elles se tiennent maintenant la main en rond-point », assure Lucienne Drapier, horlogère itinérante, en ajustant un cadran qui bâille. D’après elle, certaines secondes se seraient mises à trotter au lieu de s’écouler, un comportement toléré « tant qu’elles remettent les aiguilles là où elles les ont trouvées ». Sur la place, un lampadaire clignotait par modestie, affirmant n’avoir « jamais voulu éclairer plus que nécessaire », témoignage recueilli par notre propre marge de page, extrêmement professionnelle.
À ce stade, l’article reconnaît qu’il en fait beaucoup. Nous avons tenté de joindre notre sérieux, mais il est resté sur messagerie. Notre titre, trop sûr de lui, a mis sa cape; notre interligne, pris d’un frisson, a décidé d’élargir la réalité pour mieux l’aérer. Nous vous devons la clarté: si les phrases vous paraissent en italique, c’est que la journée elle-même se penche, et qu’un soupir de mise en page traverse la ville.
Vers 9 h 03, le réel a discrètement retiré ses guillemets et s’est remis à faire semblant d’être simple. Les passages piétons ont réintégré leur zèle parallèle, les trottoirs ont cessé de se mordiller le bord, et nous, article consentant à notre propre invraisemblance, promettons d’arrêter quand vous cesserez de lire. En attendant, si vous trouvez un point final errant, prié de le ramener au guichet: il conclut mal, mais il conclut.









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