Appuyez sur “Entrée” pour passer au contenu

Au cœur de la ville, l’ombre du clocher n’a pas pris son service ce midi.

Les passants, éblouis, racontent une lumière qui refuse toute ponctuation.

Éclatante affaire: l’ombre du clocher en congé impromptu

À douze heures sonnantes, personne. Rien. Le pavé attendait la silhouette coutumière du clocher pour découper la place en geometry rassurante; elle s’est contentée de ne pas venir. Les enfants ont plissé les yeux, les vitrines ont plissé leur reflet, et ce premier paragraphe, conscient d’exister à gauche d’une marge trop blanche, se demande s’il n’enjolive pas une absence comme on plie une nappe trop grande.

« Je l’ai vue glisser derrière un banc, puis elle a fait demi-tour comme une robe timide, et hop, plus rien », affirme Colette Doux, supposée gardienne des clés de l’horloge et manifestement gardienne de son imaginaire. D’autres parlent d’un trou de lumière, d’un glissement d’horaire, d’une farce de midi: ce journal, qui tient à sa réputation de sérieux au moins le temps de cette ligne, note néanmoins qu’il n’existe aucun protocole officiel pour convoquer une ombre à comparaître.

Nous avons tenté l’interview: impossible d’obtenir un commentaire d’une silhouette qui ne se présente pas, et difficile, pour un article imprimé, de se lever de sa colonne sans froisser la typographie. À défaut, ce deuxième paragraphe confirme qu’il sait qu’il est absurde et vous regarde droit dans les lettres, tout en évitant de crier au scandale — car crier au scandale gêne le voisinage des interlignes.

En attendant le retour de la fidèle absente, la ville avance à vue et recule à l’ombre hypothétique. Si vous croisez une fraîcheur à la forme de cloche mais sans cloche, merci de la ramener à la page suivante: nous promettons de publier un rectificatif en plein soleil, avec un petit mot d’excuse et une photo qui ne sortira pas du cadre (par respect pour les marges).

Soyez le premier a laisser un commentaire

Laisser un commentaire