Au Centre Unique de Démarches Multiples, chaque papier se demande lui-même.
Résultat: files circulaires, tickets interminables et usagers renvoyés à l’expéditeur… qui est le même guichet.
À l’aube, ils étaient des dizaines à s’aligner sous une affichette limpide: “Pour accéder à cette file, présentez l’attestation de présence à cette file.” Le distributeur de tickets délivre désormais un numéro qui n’existe qu’une fois appelé, et la borne d’information oriente systématiquement vers la FAQ, dont la première réponse recommande “de consulter la question précédente”. À l’intérieur, des flèches identiques indiquent simultanément “Entrez” et “Patientez dehors”.
Interrogée sur ce virage méthodologique, la direction du centre jure que tout est pensé pour “accélérer la lenteur sans l’altérer”. Dans le nouveau protocole, on ouvre un dossier en prouvant qu’on possède déjà le dossier à ouvrir: élégance récursive oblige. Les portes à badge, elles, s’ouvrent à condition de présenter le badge qui se trouve derrière la porte.
“On m’a demandé la preuve que je n’avais pas la preuve, puis l’original de la copie conforme de mon original,” souffle Élise M., usagère tenace, brandissant un ticket où il est inscrit “numéro en attente de numéro”. Après trois passages au même comptoir, elle a obtenu un reçu confirmant qu’elle n’a rien reçu, indispensable pour retirer le reçu.
Pour apaiser les esprits, le centre annonce l’arrivée du Formulaire Zéro, conçu pour simplifier la simplification: il se télécharge uniquement après présentation d’une attestation de téléchargement. À défaut, un justificatif de non-justificatif pourra être délivré sur rendez-vous, à réserver en ligne dès que le site cessera de confirmer que votre mot de passe est valide uniquement s’il ne l’est plus.









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