Sous la chaleur record, le crématorium Saint-Éterne lance une offre famille aussi brûlante que son four principal.
Affiches tape-à-l’œil, slogans au chalumeau et files interminables: ici, la fin se vend en tête de gondole.
Devant les portes automatiques qui soufflent un air tiède façon haleine de dragon, la foule s’évente avec des tracts orange fluorescent: “On vous allège l’addition, on allège le reste.” À l’intérieur, une responsable au sourire amidonné distribue des cartes de fidélité baptisées “Cendres cumulées”. Au palmarès des lots: brassard noir phosphorescent, mug thermique “Rest in heat” et bon d’achat pour urne pailletée, “idéal salon”.
“Je n’ai jamais vu un commerce aussi chaleureux,” soupire Lucette D., 68 ans, qui patiente avec une glacière vide “pour l’après”. “Maman disait toujours qu’il fallait partir en beauté: au moins, ici, on part avec -30%.” Dans la file, on évite de tousser: l’humour est déjà suffisamment sec.
La direction assume le feu follet marketing. “Nous parlons d’optimisation mémorielle et de valorisation calorifique,” explique, très sérieuse, Clothilde Rivière, directrice du site. “Notre nouvelle chambre s’appelle le Phoenix 3000, c’est plus parlant pour les familles. Et puis, avouons-le, un bon slogan, ça réchauffe le deuil.” Selon elle, “la mort manque d’interface utilisateur”.
Au rayon boutique, on écoule des bougies “parfum braise discrète” et des cadres photo qui résistent au micro-ondes “au cas où”. Le soir, la promo s’affiche en lettres rouges sur la façade: “Dernier passage, petits prix.” Les vivants comptent, les morts arrondissent: dans cette ville, même l’éternité passe en caisse express.









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