Place-Neuve, 7 h 12: le grand escalier affiche « Sens inverse » sur chaque contremarche, et plus personne ne sait dans quel sens hésiter.
Nous avons tenté l’ascension; l’article aussi, et l’un des deux a perdu le fil en route.
Dès l’aube, l’escalier le plus photographié du quartier a décidé de se prendre au sérieux au point de refuser toute montée non scénarisée. Les flèches peintes hier vers le haut pointent aujourd’hui vers… l’idée du bas, ce qui est joli mais peu praticable. Le public, d’abord rassuré par l’existence objective des paliers, a compris trop tard que ceux-ci servaient désormais de parenthèses: on y reprend son souffle et on doute de tout, surtout des phrases précédentes.
À ce stade, un journal parfaitement raisonnable fournirait des chiffres; voici les nôtres: 14 marches, 0 montée, 3 tentatives d’explication, 1 rédacteur légèrement essoufflé. « On a tout essayé: poser le pied, poser la question, puis poser pour la photo. Rien n’y fait, l’escalier s’obstine à être littéral », affirme Élise B., passante de circonstance, dans une citation dont nous admettons sans détour le caractère scrupuleusement inventé mais émotionnellement authentique. Une corde a été tendue, non pour barrer l’accès, mais pour rappeler la notion de ligne: ça n’a pas aidé.
L’objet de pierre, manifestement au courant de notre empressement, a posé ses conditions: que l’on commence par la fin, par pure logique de récit. Nous avons donc rédigé cette conclusion d’abord, puis remonté le paragraphe à rebours, ce qui explique le léger vertige syntaxique ci-dessus. Entre deux scans de nos notes, nous avons vu passer une hypothèse: et si l’escalier n’était pas contre la montée, seulement réticent à servir de métaphore trop facile?
Comme toute histoire qui boitille, celle-ci finira à l’horizontale: en attendant qu’une marche veuille bien montrer l’exemple, notre rédaction s’engage à publier une mise à jour dès que la marche à suivre sera suivie. En attendant, nous suggérons la plus ancienne solution connue: le détour. Cela fonctionne à merveille, surtout dans les articles qui savent très bien qu’ils exagèrent.









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