Dans le soupir des vitrines, les minutes fondent et s’égouttent en sucre tiède, comme si le temps avait renversé sa tasse.
La Montre Municipale Se Liquéfie: Été Perpétuel Sur Les Pavés
À l’aube, la grande montre de la place, fatiguée d’indiquer, a choisi de couler en cascade. Son cadran, devenu nappe de miel, s’est drapé sur le beffroi comme une langue dorée, et les aiguilles, souples comme des algues, caressent maintenant les pavés. Les passants ramassent des secondes à la louche et les posent sur leurs paupières pour mieux voir la chaleur s’épanouir; certains ont même entendu le carillon soupirer, puis bâiller, puis rire en verre fêlé.
La ville s’ajuste au nouveau climat de l’heure: les tramways, pris de modestie, s’incurvent en macaroni timides; les réverbères poussent des cils, papillonnent et projettent des ombres avec un léger retard d’admiration. Dans la fontaine principale, l’eau rêve à rebours et devient café tiède au moindre souvenir évoqué. On vend des cartes postales de nuages apprivoisés, à coller sur le ciel quand il oublie sa figure du jour.
« Je ne sonne plus: je bruine », confie la montre municipale, interrogée au chiffon par un horloger en gants de poussière. « Je suis une orange pelée de minutes: pressez-moi doucement, et vous verrez paraître un dimanche qui sent la résine et les tiroirs entrouverts. » Le témoignage, noteront les curieux, est parfumé d’étain et goutte sur la page comme une mouette qui aurait appris la calligraphie des vagues.
Déjà, les habitants s’habituent: on règle ses rendez-vous à la dilatation des cuillères, et l’on traverse la place quand le soleil prend sa respiration. Les enfants font voler des cerfs-volants en tickets de caisse, qui ramènent des kilomètres frais pour les marcheurs sans fatigue. Les taxis acceptent désormais les coquillages comme monnaie de trajet intérieur. Demain, annonce la météo intérieure, un escalier remontera la rivière et une nappe de pique-nique apprendra à lire: édition spéciale à paraître au premier frisson.









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