Livrés comme des commodes allongées, ces “boîtes à éternité” promettaient un sommeil profond.
Les habitants, pragmatiques, montent, peignent et feignent d’ignorer la petite croix sur la notice.
A l’aube, des palettes entières ont fleuri devant les immeubles: bois blanchi, poignées chromées, oreiller intégré. Le logiciel de logistique — baptisé, comble du bon goût, DORS+ — a confondu “coffres” et “cercueils”. Résultat: la moitié du quartier s’est offert, au prix cassé d’une étagère bancale, un meuble parfaitement droit pour penser de travers.
La récupération bat son plein. Certains transforment l’objet en bibliothèque minimaliste; d’autres en jardinière suspendue, arrosée “avec respect et deux doigts”. Devant le fleuriste, les gerbes “avant l’heure” partent comme des petits pains. “C’est la première fois qu’un meuble me regarde comme si j’étais l’accessoire”, lâche, rassérénée, Mireille Tasse, 57 ans, qui a posé ses romans policiers à l’intérieur “pour qu’ils se sentent chez eux”.
Le bar du coin a rebaptisé sa terrasse “Coin Repos”, bradant un cocktail noir comme une absence. A la salle de sport, un cours de coffrage abdominal promet “un dernier carré impeccable”. On s’habitue vite à tout: “Au moins, celui-là ne s’effondre pas quand je m’assois dessus”, soupire un voisin, avant d’ajouter: “Et s’il faut attendre, autant le faire allongé.”
Chez GIGA-MOBILIER, on parle de “malentendu allongé” et d’un rappel imminent, avec bon d’achat et tournevis d’excuses. Mais la ville n’est pas pressée: pour une fois qu’un meuble accepte qu’on le quitte sans drame, pourquoi le rendre? Le service après-vie n’a jamais connu pareil engouement.









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