Nous avons tenté de rester droits, mais l’article, pris d’un zèle narratif, a décidé d’écrire sa propre version des faits.
La réalité dérape sur une peau de virgule
À 8 h 12, la grande horloge du carrefour a cessé de marquer le temps pour commencer à le souligner. Les bancs ont pris un air penché, les numéros des immeubles se sont décalés d’une demi-lettre, et les conversations ont adopté des apartés involontaires. Moi, l’article en première page, j’ai bien essayé d’aligner mes lignes, mais reconnaissons-le: quand tout file en italique, je n’ai que ma dignité de colonne pour faire tenir le récit debout.
« Tout a commencé quand la virgule a demandé un droit au repos, vous voyez, juste une petite pause active », assure Lise A., horlogère lunatique mais ponctuelle. « Depuis, les phrases se couchent, les vélos font des parenthèses et les soupirs prennent la voie rapide. » Nous notons la déclaration avec sérieux, ce qui est déjà un effort, puisque ce paragraphe tente en secret une pirouette sans filet.
Les commerçants ont adapté leurs vitrines: -20% s’est transformé en -20°, ce qui refroidit les ardeurs mais aiguise la curiosité. Le fleuriste propose des tulipes en tirets, parfaites pour interrompre délicatement une hésitation; le libraire colle des points d’exclamation de courtoisie à l’entrée, « par mesure de sécurité expressive ». Entre deux glissades, je m’adresse à vous, lecteur: si mes phrases semblent chanceler, c’est que je déteste feindre l’objectivité quand le trottoir fait de la calligraphie.
J’en conviens: je ne suis qu’un récit en papier qui joue à tenir le réel par la manche. D’ordinaire, je conclus avec un point final. Aujourd’hui, je le poursuis au coin de la page: il roule, rigole, hésite… et s’arrête net ici, pour éviter une chute trop voyante.









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