Après des années à arriver sans prévenir, « demain » demande un délai et désoriente nos agendas trop sûrs d’eux.
Promis, souffle la pendule du hall, tout sera à nouveau urgent — mais pas tout de suite.
La nouvelle est tombée à l’heure ronde: le mot demain, déclaré « un peu fatigué d’être constamment attendu », s’offre une pause. Oui, lecteur, nous réalisons l’absurdité — c’est même nous qui la tapons — mais la feuille suivante refuse de se tourner et la margelle des heures a l’air de vouloir s’asseoir. Dans la foulée, la matinée s’est étirée comme un chat, et le soir a remis son manteau à l’envers pour gagner du temps qu’il n’avait pas perdu.
« C’est la première fois que je refuse d’être tourné », avoue P.-Agenda, calendrier mural de la cuisine partagée, en frémissant à chaque punaise déplacée. « On me gribouille des promesses depuis janvier. Vous essayez, vous, d’aligner 31 cases sans cligner des yeux. » Dans les carnets, les to-do ont discrètement adopté le mode peut-être et les alarmes du téléphone, prises de compassion, vibrent à voix basse.
Pendant ce temps, l’article que vous lisez vérifie sa propre ponctuation pour paraître sérieux, puis se racle la gorge: nous savons que les jours ne signent pas d’arrêts de travail, que les minutes ne demandent pas d’oreiller et que ce paragraphe a l’air de marcher à reculons. Et pourtant, regardez comme cela tient debout: une phrase chasse l’autre, comme si la syntaxe possédait un balai.
Que faire, alors, en l’absence de demain? Aujourd’hui propose d’héberger provisoirement les projets perdus, avec vue sur une sieste raisonnable et une promesse de lumière oblique. Après-demain patiente en coulisses, révisant ses futurs conditionnels. Quant à nous, nous placerions bien ici une conclusion définitive — mais elle préfère arriver plus tard; elle a ses raisons et, pour une fois, nous avons le temps de les attendre.









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