Pour obtenir l’attestation introuvable, il faut d’abord prouver qu’on ne la possède pas.
Mais la preuve n’existe qu’une fois l’attestation délivrée, assure l’administration.
À l’entrée du Bureau Central des Démarches Diverses, un panneau l’assure en lettres rassurantes : “Simplification en cours.” Dans les faits, le nouveau protocole prévoit la prise de rendez-vous en ligne, à condition d’avoir au préalable scanné, sur place, un QR code affiché derrière la vitre du “guichet 0”, ouvert exclusivement lorsque l’affluence est nulle. Les horaires sont fixés de 9 h 12 à 9 h 17 les jours ouvrés pair, sauf quand ils tombent un jour impair. “Nous n’avons jamais dit que c’était compliqué, seulement que c’était consécutif,” déclare, le regard droit et l’index sur un classeur vide, Lucette Drillon, cheffe adjointe de la rationalisation progressive.
Les usagers, eux, apprennent à naviguer à vue. “On m’a donné un numéro pour attendre mon tour, mais on m’a rappelée quand mon tour était déjà passé”, soupire un demandeur muni d’un ticket “A-000”. Une affiche détaille le parcours recommandé : déposer l’original et sa copie certifiée conforme, la certification ne pouvant être effectuée qu’après dépôt de l’original certifié. Le photomaton ne rend que des reçus, à échanger contre une monnaie exacte disponible au guichet monnaie, guichet situé au-delà du contrôle d’accès qui exige la dite monnaie pour franchir le portique.
Dans un couloir, un organigramme fléché mène de “Pré-accueil” à “Post-accueil” en évitant soigneusement l’accueil. Un automate vocal instruit d’“appuyer sur 3 pour parler à un agent”, puis renvoie invariablement vers “appuyez sur 3” jusqu’à extinction de la batterie. On découvre aussi la nouvelle “preuve de non-possession” : il faut produire un document attestant qu’on ne possède pas le document requis, document qui n’est délivré que sur présentation du document requis.
Au guichet des réclamations, on remet un formulaire de plainte exclusivement aux personnes capables de justifier qu’elles n’ont rien à reprocher. “C’est la garantie d’une plainte bien fondée”, explique un agent, satisfait. En fin de matinée, le dernier usager repart heureux avec un tampon rouge “Revu et à revoir”, valable 24 heures non consécutives, à revalider hier. La simplification, promet-on, se poursuivra dès que possible, c’est-à-dire avant application, afin de ne pas retarder ce qui n’a pas encore commencé.









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