Promos choc sur urnes pailletées et “pack sérénité” : la grande distribution flirte avec l’éternité.
Sous les néons blafards, la mort se glisse dans le caddie comme une marque distributeur.
Ils ont ouvert les rideaux métalliques à 6 h tapantes, et la file s’est engouffrée dans la boutique au carrelage trop propre, façon salle d’attente pour l’au-delà. Rayons thématiques, allées numérotées, et une surprise du chef en bout de gondole: “un cercueil acheté, le linceul offert”. À défaut de poésie, l’expérience promettait du pratique — et un soupçon de parfum industriel couvrant l’odeur persistante d’ironie.
Sur place, on s’échangeait des conseils d’initiés, entre comparatifs d’essences de bois et démonstrations d’urnes “connectées” qui dispersent plus de notifications que de cendres. Les vendeurs, sourire blindé, rappelaient la politique de reprise: satisfait ou remboursé, mais pas réutilisé. “Nous démocratisons le départ: payer en dix fois sans frais… de scrupule,” assure Claire T., “directrice d’expérience funeste”, en réajustant son badge noir brillant.
Les affiches promettaient “un sommeil profond garanti”, slogan cousu main pour nappes de promo et destin tracé en pointillés. Entre deux bips de scanner, certains prenaient aussi l’option “souvenir instantané”: photo souriante devant la vitrine de cercueils pliables, à ranger sous le lit, juste à côté des valises. “C’est écoresponsable: pour chaque client, on plante un arbre qui patientera avec lui,” glisse un conseiller, ton de berceuse.
À la sortie, les clients empilaient bons de réduction et brochures glacées, le regard lustré par la lumière froide. L’un d’eux rangea son ticket dans le portefeuille, près de la carte de fidélité déjà tamponnée jusqu’au bord: “À utiliser avant la fin.” On n’a pas demandé laquelle.









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