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Matinée coupée en deux par un point-virgule géant

Il s’est posé au coin de la rue comme une respiration en béton, laissant les passants suspendus entre deux moitiés de phrase.
Oui, cet article en fait trop — et c’est précisément la nouvelle: la réalité demande une pause.

À 7 h 12, un point-virgule de deux bons mètres a surgi au carrefour des évidences. Les conversations se sont mises à boiter, les tartines à hésiter entre beurre et confiture, et votre serviteur à se demander s’il doit encore feindre la sobriété. Nous décrivons un signe de ponctuation comme on décrirait une chute de neige intérieure: avec des gants, et l’impression de marcher sur du silence.

« On pouvait littéralement s’asseoir dans la pause », témoigne Édith Bégonia, relieuse et collectionneuse de silences, en montrant une chaise qu’on ne voit pas. « Je l’ai vu cligner; ça a rallongé mon café de deux minutes et demie. » Notons que cette citation est aussi invérifiable que confortable, ce qui, dans le cadre de notre enquête, constitue une preuve de luxe.

À ce stade, cette première page préfère la franchise: elle n’est pas certaine d’exister autrement qu’en regard de ce point-virgule. Quand nous avons tenté de mesurer l’objet, la règle s’est changée en paragraphe (celui-ci, peut-être). Nous luttons contre l’absurde avec des mots qui, sitôt alignés, demandent eux aussi une chaise.

Au moment où vous lisez, le signe s’est possiblement déplacé jusque dans cet interligne; c’est lui qui tient la journée par la taille pour éviter qu’elle ne tombe trop vite du matin au soir. Si d’aventure il rend la respiration au monde, nous publierons la suite — après une brève, très brève, mais tout de même nécessaire, suspension.

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