Pour l’obtenir, il faut prouver qu’on ne l’a jamais eu, tamponné par le service qui ne le délivre qu’à ceux qui le présentent.
Plongée au Centre des Démarches Générales, où les numéros d’attente sont circulaires et les issues de secours, symboliques.
Depuis ce matin, une note interne impose à tout demandeur de fournir un « certificat d’inexistence de dossier ». Au guichet d’entrée, un panneau rassure: « Procédure simplifiée ». Juste dessous, un plan du bâtiment indique trois « guichets uniques » reliés par une flèche qui boucle sur elle-même. Les tickets d’appel inaugurent une innovation: la série ∞, qui recommence au numéro précédent. « C’est fluide, ça tourne », souffle un agent, en rangeant des piles de formulaires classés par ordre aléatoire.
Dans ce dédale méthodique, le guichet A renvoie au B pour obtenir la signature préalable qui ne s’appose qu’au guichet C, lequel exige la preuve que la signature de B a été refusée à A. Le site en ligne facilite la vie: il suffit d’y téléverser le code imprimé au comptoir, code qui n’est édité qu’après dépôt du dossier validé sur le site. Au « Bureau des Copies Originales », on ne peut légaliser qu’une photocopie d’original dont l’original doit être tamponné « Copie ». La signalétique accompagne: « Vous êtes ici » s’affiche à tous les étages, même dans l’escalier.
« Je suis arrivé hier à demain, on m’a demandé de revenir la semaine dernière avec la preuve que je ne viendrai pas », confie M. V., détenteur d’un ticket permanent provisoire. À côté, une affiche proclame « Ouvert de 9 h à 8 h », précision utilement complétée par « fermeture exceptionnelle durant les heures d’ouverture ». Un superviseur rassure: « Notre priorité, c’est de raccourcir l’attente en l’étirant », pendant qu’un haut-parleur invite poliment le public à patienter au couloir D, fermé pour cause d’affluence au couloir D.
Au bout de la file qui commence par sa fin, certains repartent avec un récépissé d’intention d’obtenir un rendez-vous, conditionné à la présentation du récépissé. D’autres empruntent l’escalier vers la « Salle des Attestations Introuvables », située « entre le deuxième et le même étage ». Le dernier message de la journée tombe à 8 h 59: « Le certificat d’inexistence est disponible dès que vous prouvez que vous n’en avez pas besoin. » Kafkaïen? Non, rassure la vitrophanie: « Tout est sous contrôle, quelque part. »









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