Un promoteur lance “Nécro-Parc”, un immeuble de standing posé sur l’ancien cimetière municipal.
Vues sur pierre blanche, charges allégées, et une promesse: ici, les voisins ne déménagent jamais.
À l’aube, les palissades noires ont fleuri Avenue du Repos et les showrooms ont déroulé leurs moquettes couleur anthracite. Sous les projecteurs, les maquettes brillent comme des autels: terrasses orientées ossuaire, patios “silence garanti”, et parfums de lys diffusés au diffuseur comme un rappel délicat du passé. Le promoteur jure que tout a été “déplacé avec dignité”, pendant que les plaques anciennes, elles, affleurent déjà dans les allées comme des cartes de visite oubliées.
“Nous proposons un bien unique: ici, la mémoire est au rez-de-chaussée et le futur à l’étage”, souffle la directrice marketing, tailleur noir et sourire filigrane. “Nos acheteurs adorent l’idée d’un voisinage stable. Personne ne fera de bruit après 22 heures.” Elle promet des finitions “éternelles” et un service de conciergerie “discret comme une prière”.
Dans le quartier, on serre les dents. Un riverain raconte avoir vu, après l’averse, des noms revenir à la surface du gravier, “comme si l’histoire voulait signer le bail”. Les responsables du chantier, eux, parlent de “phénomènes purement esthétiques” et invitent à profiter du “calme patrimonial”, nouvel argument imparable pour vendre des mètres carrés au prix du silence.
Les premiers lots sont partis en une matinée, avec un bonus d’entrée: un “casier à souvenirs” en marbre veiné, inclus pour toute signature avant minuit. Le slogan s’affiche en lettres blanches sur fond nuit: “La paix, enfin. Payable en 25 ans, hors frais de cave.”









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