La Ville Accroche le Soleil à une Épingle à Nourrice
Les trottoirs plient comme des cartes postales mouillées, tandis que l’heure dégouline en rubans de caramel sur les poignées des portes.
Les passants, coiffés de leurs songes, enjambent des miroirs tièdes où les clochers s’étirent jusqu’à toucher le goût du silence.
Au lever du jour, un crissement de velours a parcouru l’avenue: les façades ont bâillé, libérant des tiroirs pleins de brise, de craie et de pas d’hier. Des cuillers plantées dans la lumière remuaient le café des ombres, et l’asphalte, devenu peau de pêche, enregistrait la ponctuation des pas comme un morse parfumé à la vanille. On a vu un banc municipal se plier en grue de papier pour traverser, très lentement, la rue.
Les vitrines, prises d’un fou rire de mercure, ont renvoyé des reflets en bascule: un chapeau a pondu une seconde, qui a battu des ailes avant de s’endormir sur un réverbère. Les chiffres, pris de modestie, se sont coulés dans leurs coquilles; les aiguilles, en chemises blanches, ont demandé un jour de congé. Dans l’Atelier de Brouillard, on a repassé des nuages afin qu’ils tiennent mieux sur les lignes électriques.
« J’ai réglé l’horloge du beffroi sur la respiration des pierres: deux soupirs pour midi, un pour minuit, et le reste en pointillé », confie Lise Échelle, horlogère de quartier, un fil à plomb piqué dans la poche comme une fleur d’étain. « Le temps, quand on l’écoute, a des coudes: il faut juste lui mettre des manchettes de lumière. »
Plus loin, une file d’ampoules s’est étirée jusqu’au fleuve pour boire à la paille; le courant, poli comme un galet, a signé l’air d’un paraphe d’argent. Le kiosque, flatté, a remis de l’ordre dans ses consonnes puis a éternué des voyelles chaudes. Ce soir, préviennent les maraîchers de l’aube, la lune se vendra en tranches très fines: servez-la sur de la mie de silence, avec un zeste d’écho — et n’oubliez pas de saler le rêve, côté ombre.









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