À l’aube, le temps a décroché du mur et s’est allongé sur la place, luisant comme une confiture d’abricot sur des pavés étonnés.
Les passants, lestés de coquillages, avancent en chuchotant pour ne pas réveiller les minutes qui dorment dans les plis de l’air.
Dans la ville, les clochers bâillent et étirent leurs ombres en échasses jusqu’aux fenêtres où pendent des rêves tout juste repassés. Des tiroirs s’ouvrent dans le flanc de la place et libèrent des papillons d’encre qui vont se poser sur les épaules des statues. Une pluie de clés, refusant tout verrou, cliquète en rosée métallique sur des parapluies retournés comme des bouches en surprise.
Près du kiosque, l’horloger tend un fil à linge entre deux nuages et y pince les heures, qui dégoulinent en gouttes dorées. “Depuis ce matin, midi refuse de tenir debout et tombe en fondue sur mes doigts; je lui ai mis des béquilles de sucre, mais il préfère ramper vers l’ombre”, confie-t-il, le regard planté dans une loupe où passent des poissons de lumière. Les aiguilles, prises de scrupules, tracent des cercles parfaits juste pour y faire glisser le silence.
Au marché, on vend des carrés de ciel pliés en serviettes, à déployer quand la mémoire a soif. Une femme pèse le vent à la balance et rend la monnaie en miettes de bleu; un enfant capture sa propre ombre à la cuillère et la range dans la poche d’un veston qui sent la cannelle. Le fleuve, contrarié par la logique, monte les escaliers quatre à quatre et s’assoit un instant, ruisselant, sur le banc d’un cocher sans cheval.
À midi quatorze, le soleil frise ses moustaches au bord d’un miroir d’étang et signe l’édition du jour d’un trait de lumière têtu. Les fenêtres battent des paupières, bavardes de reflets; les pavés, enfin, se couvrent d’une nappe pour que la sieste du temps n’ait pas froid. On nous promet pour demain un ciel à pois, et la rumeur d’un orage qui joue du violoncelle avec une mèche de cheveux retrouvée dans la poche secrète du vent.









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