Ne cherchez pas l’utilité: ceci est une chronique d’inutilité assumée, écrite par un texte qui sait très bien qu’il exagère.
La queue qui attire la queue: ce matin, la patience fait spectacle
À 8 h 03, rue des Marges, devant la papeterie Et Caetera, une file d’attente s’est formée pour admirer une autre file d’attente, identique à elle-même mais plus consciente de sa courbure. L’auteur de ces lignes, qui n’a pourtant pas pris de ticket, reconnaît que le sujet est mince et que le papier ne tient debout que par sa propre fibre. Les témoins décrivent un silence appliqué, ponctué de soupirs ordonnés, comme si l’air avait reçu une consigne de rangement.
Plus la queue s’étirait, plus son propos devenait clair: il ne s’agissait ni d’acheter ni d’entrer, mais de tenir une ligne qui se tenait elle-même. À intervalles réguliers, un frisson parcourait la trajectoire, que certains prenaient pour une émotion et d’autres pour un courant d’air. “Je serpente, donc je suis”, a déclaré la file d’attente, qui n’a pas de bouche mais dont nous traduisons l’intention avec une exactitude que personne ne nous a demandée.
Ce journal, par souci de cohérence, a tenté d’interviewer le début, qui refusait de se prendre pour une origine, puis la fin, qui niait être une fin. Entre les deux, les minutes passaient en rang par deux. Le rédacteur, conscient de son propre alignement syllabique, note que chaque phrase avance de la même manière que les chaussures: un mot devant l’autre, sans garantie d’arrivée.
À l’heure du bouclage, la file se prolongeait jusque dans ce paragraphe, frôlant la marge et caressant l’idée d’un retour à la ligne sans commencement. Contactée, la conclusion n’a pas souhaité répondre, préférant attendre qu’on en finisse avec l’attente. Nous respectons son choix et nous retirons en ordre, espérant que notre sérieux ait été, comme la queue, inutile avec application.









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