Ce matin, un soleil trop ponctuel a vu des silhouettes annoncer leur indépendance, laissant des passants marcher sans doublure au sol.
Nous avons tenté de vérifier l’information à la lumière, à l’ombre et au second degré: l’absurde persiste, et nous aussi.
La scène s’est jouée à l’heure où les trottoirs tiennent encore debout par politesse. Des chaussures avançaient, leurs reflets plats restaient en place, bras croisés (si une ombre a des bras, ce papier hésite déjà). Les témoins parlent d’un silence très noir, d’un gris têtu et d’un sentiment de légère légèreté. Ce paragraphe, qui sait qu’il sonne comme un poème après une nuit courte, promet de revenir aux faits dès qu’ils cesseront de glisser.
“C’est un burn-out de contraste: trop de lignes droites, pas assez de mystère”, affirme Oriane Flou, spécialiste autoproclamée en pénombre appliquée, que nous avons peut-être inventée pour les besoins du style, reconnaît cet article sans rougir. À ses côtés, un passant explique avoir tenté de raisonner son ombre en lui proposant de partager la vedette: “Elle m’a répondu que je faisais déjà assez d’ombre à moi-même.” Les mesures prises pour recoller les duos ont surtout consisté à se tourner un peu, puis beaucoup, puis à faire semblant d’oublier l’incident. Les résultats, comme ce texte, oscillent entre sérieux et expérience de pensée en plein jour.
À l’heure où nous imprimons, les ombres prennent du recul — littéralement — et certaines négocient une flexi-suie qui leur permettrait d’être portées à mi-temps par des bancs publics. Cet article, conscient d’être une lampe qui s’écoute briller, s’engage néanmoins à poursuivre son enquête, quitte à se faire dépasser par sa propre silhouette narrative. NDLR: aucune ombre n’a été blessée dans la rédaction de ces lignes, sauf peut-être celle de nos certitudes, qui a préféré marcher devant.









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