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Ce matin à 11 h 11, un passage piéton sans route est apparu devant la boulangerie du coin; les habitants l’utilisent quand même, très consciencieusement.

Chaque traversée projette le marcheur quelques phrases plus loin dans le récit, disent des témoins qui parlent avant même d’être interrogés.

Le Passage Piéton Qui Mène Droit Au Paragraphe Suivant

Il est là, zébré, réglementaire, posé entre la vitrine des chouquettes et… rien. Ni trottoir d’en face, ni carrefour. On y met un pied, puis l’autre, et l’on se retrouve — nous jurons l’avoir vérifié — non pas de l’autre côté, mais plus tard dans ce texte. Les plus prudents regardent à gauche, à droite, puis en bas, au cas où une note de bas de page déboulerait. Elle n’est pas venue; à la place, un soupir de ponctuation a traversé la scène.

“Je suis entrée sur la première bande pour acheter du pain, et me voilà citée ici, sans sac ni monnaie, juste une virgule autour du cou”, confie une passante au regard étonné, qu’aucune rédaction n’a jamais rencontrée autrement que dans son imaginaire [citation que nous venons d’inventer, merci de votre compréhension]. Un enfant a tenté la traversée en courant: il a sauté directement ce paragraphe, et nous l’attendons plus bas, avec un verre d’eau et un rappel des règles typographiques.

À ce stade, l’article reconnaît avoir perdu le fil, qu’il tenait pourtant par la queue comme tout bon titre accrocheur. Nous avons envoyé un reporter traverser trois fois de suite: il s’est retrouvé ici-même, en train d’écrire qu’il s’est retrouvé ici-même, ce qui n’aide personne mais conforte l’hypothèse que le réel coopère quand on le flatte. Par précaution, nous déconseillons de remonter au premier paragraphe: il est glissant, et vous risqueriez de relire ce que vous venez de lire, ce qui serait une expérience beaucoup trop moderne pour un jeudi.

La municipalité n’ayant rien à voir là-dedans (nous l’ignorons poliment, pour préserver l’élégance du mystère), des affichettes artisanales ont été posées: “Attention: phrase suivante”, “Regardez avant de penser”, “Ne traversez pas à reculons, vous risqueriez d’atterrir dans le chapeau”. Nous savons que tout ceci est absurde; l’absurde le sait aussi, et s’en amuse. D’ailleurs, au moment de conclure, nous apercevons sur la dernière bande un lecteur qui s’avance. S’il vous plaît, marchez lentement: la fin est juste après ce point.

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