Promis en cinq minutes, le formulaire 0 bis exige désormais une attestation prouvant que vous n’avez pas besoin d’attestation.
Entre portes closes de l’intérieur et tampons introuvables, récit d’une journée banale où tout est requis, rien n’est possible.
À 8 h 02, l’agent du Centre des Démarches Générales annonce que les portes ouvriront « dès l’instant où la file sera suffisamment fluide ». À 8 h 03, un panneau précise que la fluidité sera mesurée une fois le public entré. Le plan d’accès invite à suivre les flèches bleues jusqu’au guichet 7, accessible par la porte 12, située derrière la porte 12 bis qui, elle, renvoie poliment au guichet 7. Les affiches se contredisent avec une rigueur exemplaire: « Sans rendez-vous sur rendez-vous uniquement » et « Photocopies certifiées originales non acceptées, originals photocopiés exigés ».
Le formulaire 0 bis, pierre angulaire de cette chorégraphie, demande la preuve que l’on n’a rien à prouver. On y joint une photo d’identité au sourire neutre, fournie en deux exemplaires identiques dont l’un doit être différent. Le cachet valide se trouve au guichet des cachets, ouvert l’après-midi les matins de semaine. Un QR code renvoie à un lien imprimable, uniquement disponible hors ligne. « On m’a expliqué que mon dossier était complet mais incomplet de façon complète: j’avais l’original de la copie, pas la copie de l’original, et la copie conforme n’était conforme qu’à l’original de la copie », souffle Élodie G., usagère au ticket 0, numéroté après le 99.
À l’intérieur, chaque solution engendre sa formalité-mère. Le justificatif de domicile confirme où vous vivez, à condition d’apporter un document prouvant que ce justificatif vous appartient, fourni uniquement à l’adresse prouvée par le justificatif. Le rendez-vous en ligne se prend sur place, au kiosque tactile éteint par mesure de sobriété énergétique. La salle d’attente n’admet que ceux qui n’attendent pas; une alarme retentit lorsqu’une patience excessive menace de perturber l’ordre d’impatience.
À la fermeture, annoncée « à l’heure exacte ou dès qu’il sera trop tard », l’agent souhaite bon courage pour revenir hier, date limite indiquée sur un récépissé remis demain. Le numéro d’assistance téléphonique invite à poster une demande pour obtenir le code d’accès au numéro d’assistance. Dehors, la pendule du hall recule d’une minute à chaque expiration de ticket, garantissant que personne n’arrive jamais en retard, seulement trop tôt pour que ce soit déjà trop tard.









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