Ce matin, la mer a pris l’odeur du cuivre chaud et les trottoirs ont appris à fondre sans perdre leurs lacets.
Des tiroirs se sont ouverts dans les collines, offrant au vent une collection de minutes qui s’étirent comme du nougat.
Dans la ville, les candélabres se sont pliés en points d’interrogation pendant que des horloges, devenues beurres tranquilles, glissaient le long des murs à la recherche d’un coin d’ombre à boutonner. Les portes soupiraient des soupçons de pluie sèche; les chaises, par dignité, flottaient à hauteur de moustache. Personne ne trébuchait: les pavés, polis par l’irréel, déroulaient des tapis de silence jusqu’aux semelles.
Au marché, les poissons en papier ne demandaient que de l’eau d’encre; les cuillers tombaient du ciel avec un tintement de lune, et les marchands comptaient la monnaie en pétales de chiffres mous. “Le temps a mordu dans une pêche et a laissé sa dent en or sur la falaise”, affirme Pétronille Vermillon, couturière de brise marine, en tenant un mètre ruban qui mesure la couleur plutôt que la distance.
Plus loin, des bibliothécaires du vent ont catalogué les soupirs par ordre de transparence, tandis que les horlogers du quai rembobinaient les vagues avec des bobines de soie tiède. Un nuage, pris en filature par une abeille compassée, tamponnait les toits d’un cachet invisible. Les fourmis, très professionnelles, traçaient des constellations au sel fin pour guider les rêves retardataires.
Au crépuscule, la plage s’est assise pour mettre ses gants de velours, et le ciel, poli au sucre glace, a rendu à la ville ses angles droits, mais au ralenti, comme s’il s’excusait. Les horloges, encore tièdes, se sont accrochées aux murs avec des épingles de lumière, jurant de rester sages jusqu’à demain — à moins qu’un soupçon de caramel ne recommence tout.









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