Depuis l’aube, montres, réveils et parcmètres tournent à rebours, annulant cafés bus et fautes de frappe.
Poètes ravis, pendulaires perdus: le pays vit à contre-temps et personne ne sait où hier s’arrête.
Dans les gares, on arrive avant d’être partis et les billets se désimpriment poliment. Dans les boulangeries, les croissants se ré-enroulent avec dignité pour redevenir pâte, tandis que les baristas versent prudemment l’expresso du gobelet vers la machine. Les coiffeurs constatent un retour capillaire spectaculaire: les mèches balayées remontent au sommet des crânes, retrouvant miraculeusement leur mèche mère.
“Ce n’est pas une panne, c’est une opportunité de revenir sur nos erreurs,” soupire Priscille Aiguille, maîtresse horlogère à Besançon, l’œil rivé à un coucou qui rentre et ressort à la fois. “Techniquement, si ça continue, midi de demain va percuter midi d’hier dans un embouteillage de seconde main. J’ai recommandé de ne pas faire d’anniversaire: les bougies se rallument et ça finit en incendie nostalgique.”
Les plateformes de streaming se félicitent: les séries se rembobinent d’elles-mêmes, offrant “une expérience rétro-guidée premium”, tandis que certains smartphones annoncent une mise à jour vers la Version -1.0 pour “récupérer la batterie dépensée la veille”. Les banques testent le “cashback temporel”: on récupère l’achat quand on rend le sac, plus un sourire hors taxe, si disponible.
L’Association des Chronophiles Déroutés conseille de marcher doucement à reculons “pour rester à l’heure locale de soi-même”, d’écrire ses rendez-vous en palindrome et de tenir fermement ses souvenirs, qui ont tendance à se dé-souvenir. Au moment de boucler cette édition, la rédaction confirme que la deadline a déjà été respectée hier, ce qui, avouons-le, n’était encore jamais arrivé.









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