Au lever du jour, la Gare Centrale a changé de chef d’orchestre: pieuvres aux guichets, castors aux comptoirs, canards en gilet fluorescent aux signalisations.
Les voyageurs médusés ont suivi la cadence comme on suit un courant tiède: en se laissant porter et en coinçant des sourires entre deux valises.
À 6 h 12, un poulpe, timbre humide et regard sérieux, oblitère huit billets à la fois tout en réclamant la pièce d’identité d’un geste de ventouse. Sur le marbre, les castors ont dressé des bureaux en forme de mini-barrages, convertissant la fontaine du hall en imprimante à jet d’eau. Les paresseux, promus chefs des escaliers mécaniques, ont calé la vitesse sur “berceuse”, contraignant les talons pressés à épouser un tempo de sieste utile.
Côté services, les loutres baristas montent des cappuccinos à écume de rivière dans des gobelets coquilles, pendant que des chèvres bagagistes sanglent les valises avec du lierre bio et croquent les étiquettes mal orthographiées. Des girafes, panneaux d’affichage vivants, portent les horaires au rouge à lèvres le long du cou; un nuage de lucioles remplace les écrans en clignotant “RETARD 0 MIN” jusqu’au plafond. Des serpents forment des cordons souples pour canaliser les files, et un héron, impassible, mesure les distances avec son bec-mètre.
“On y voit plus clair quand ça hulule”, assure Auguste Grand-Bec, pélican chef du service annonces. “Je prononce les villes en tenant trois poissons dans le bec: ça filtre les consonnes indisciplinées.” Dans la salle d’attente, un pressing-éclair “Pique-Minute” tenu par des hérissons redresse les vestons froissés, tandis que des taupes au comptoir des objets trouvés retrouvent des clés rien qu’en reniflant la poche où elles ne sont plus. Prochain départ annoncé à voix coassée: 14 h 02, direction “Sieste générale”, voie A; hamac conseillé, billet composté par ventouse obligatoire.









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