Ce matin, les lois de la physique ont oublié de pointer.
La routine nationale tente tant bien que mal de garder les pieds sur terre, quand c’est le plafond qui s’en charge.
À 8 h 02 précises-approximatives, la vie ordinaire a décollé sans plan de vol. Devant les boulangeries, les croissants se sont mis en orbite basse, les cafés ont renversé l’ordre établi et les vélos, pris d’un doute existentiel, se sont garés aux réverbères comme à des ports d’attache. Les chats, manifestement plus prêts que nous à l’improbable, ont simplement haussé les moustaches.
Dans la cohue ascendante, chacun improvise. Les coiffeurs perfectionnent la coupe « parachute », les cordonniers clouent des semelles plombées, et les enseignants dispensent un cours magistral au plafond, par gravité inversée. « On nous avait promis du solide, voilà du flottant, et sans mode d’emploi », soupire Raymond Briselame, proviseur suppléant de l’Escalier C et collecteur bénévole de miettes atmosphériques.
Les opportunistes de l’utilité publique vendent déjà des filets à baguettes pour plafonds bas, tandis que des influenceurs testent la « marche à l’envers » en stories inversées. Au marché, la tomate devient légume dirigeant de l’étal, portée par une popularité montante, tandis que les pastèques, trop ambitieuses, apprennent à redescendre avec panache.
À midi, faute d’accord avec l’invisible, on a servi la soupe par-dessous. Un caillou en apesanteur portait un Post-it griffonné: « Reviens plus tard, ne m’attendez pas pour tomber. Signé: la gravité. » D’ici là, on s’entraîne à l’humilité, lestée de rire, en attendant que le monde retrouve le sens du mot « peser ».









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