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Le Temps se Liquéfie au Carrefour des Siestes

Au petit jour, des montres tièdes dégoulinent des balcons comme des abricots polis, et les trottoirs battent des paupières.
Les passants, munis de béquilles de lumière, apprennent à traverser les murs pendant que les ombres se peignent la moustache.

Ce matin, les vitrines ont commencé à transpirer des paysages et les bancs de la place s’allongent jusqu’à devenir des plages à tiroirs. Des fourmis d’or montent la garde autour des gouttes du temps, tandis que les cloches, devenues molles et parfumées, sonnent à l’horizontale. Au marché des mirages, on vend des nuages domestiqués par bouquet, avec un ruban d’ombre pour promesse de pluie intérieure.

Dans la gare, un train entièrement composé de silence a quitté le quai des soupirs; son sifflet, petite lune en sucre, s’est collé au plafond. Les statues, prises de démangeaisons métaphysiques, ont fait pousser des moustaches si longues qu’elles chatouillent la météo. Dans les parterres, des crayons germent en oblique et écrivent tout seuls sur l’air des lettres que personne n’a encore inventées.

« Depuis l’aube, j’ajuste les mécanismes avec du sable tiède: le temps y gagne en tendresse et perd ses angles », affirme Clara Verrière, horlogère somnambule, l’œil encore brillamment cousu à un rêve. « Quand une aiguille fond correctement, elle se souvient d’être rivière. »

Les veilleuses de la sieste recommandent de marcher doucement pour ne pas effrayer les heures qui rampent. Rangez le soleil dans votre poche gauche et pliez l’horizon en quatre si une brise commence à rire. À midi, une averse de plumes est attendue sur la grande avenue: elles serviront d’oreillers aux escaliers qui, fatigués de monter, rêvent de s’allonger.

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