À l’aube, la ville a découvert que les minutes avaient coulé comme une confiture ambrée sur le rebord des balcons.
La mer, coiffée d’une moustache cirée, a promis de rapporter les secondes échouées dans les godets des passants.
À sept heures, ou peut-être à la couleur safran située entre deux sommeils, le pavé s’est mis à clapoter de cadrans mous. Les fenêtres, prises de compassion, ont tendu des cuillères en argent pour recueillir les gouttes de midi, tandis que des chaises marchaient sur leurs ombres comme sur des échasses de soie. Sur la place, des tiroirs ont poussé dans la poitrine des statues, laissant échapper un parfum de vanille et de poussière bien élevée.
Des éléphants à pattes filiformes transportaient des obélisques de sucre jusqu’au bord de la marée, où l’on pouvait lire l’heure au goût du sel. Une horlogère de dunes, les poches pleines d’aiguilles endormies, a simplement haussé les sourcils: « Ce n’est pas la fin du monde, c’est la sieste du temps », a confié Maïa Escabeau, avant de souffler sur une trotteuse comme sur une plume d’oiseau rare.
Plus loin, des moulins à vent peignaient l’horizon avec des peignes de pluie, et chaque nuage déposait un ticket composté à l’entrée du ciel. Les fourmis, en syndic délicat du sable, alignaient des secondes en perles noires le long d’une ficelle d’écume; un enfant les comptait à voix basse pour ne pas réveiller l’après-midi.
On recommande aux habitants de suspendre leurs rêves à des béquilles de lumière jusqu’au retour d’un matin plus ferme. En attendant, chacun est invité à marcher très lentement, la bouche pleine de silence vanillé, afin de ne pas effrayer les heures qui, dit-on, reviennent toujours quand on cesse de les regarder.









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