Appuyez sur “Entrée” pour passer au contenu

À 14 h 03, la gravité prend sa pause-café: la ville flotte, mais poliment

En plein après-midi, tout s’est élevé de quelques centimètres, y compris l’humeur générale.
Cet article, légèrement en apesanteur lui aussi, promet de retomber sur ses pieds avant la fin.

À 14 h 03 précises, les clés ont cessé de viser le carrelage, les tartines ont hésité entre beurre en bas et dignité en haut, puis ont choisi de planer à hauteur de regard, comme pour mieux juger nos habitudes. Les fontaines, surprises par leur propre ponctuation, ont produit des points de suspension en gouttelettes. Le trottoir n’a pas bougé (il a un sens du devoir), mais les sacs à main se sont mis à faire de petites révérences, très urbaines. C’est invraisemblable, oui; merci de le remarquer, l’article l’avait noté aussi.

“C’est confirmé: rien n’est tombé, même pas mon sérieux”, assure Prune Dergon, autoproclamée horlogiste des phénomènes capricieux, en tenant son parapluie tête en bas “par pure logique narrative”. Selon ses mesures — qu’elle admet avoir prises avec une règle souple “pour ne pas froisser l’air” — la ville aurait gagné exactement deux doigts de hauteur. À la question “Pourquoi 14 h 03?”, elle répond: “Parce que 14 h 02 manquait de panache.”

À ce stade, nous interrompons le récit pour une vérification interne: l’absurde tient-il debout sans aide? Oui, répond cet article, qui se surprend à respirer par ses interlignes. Nous avons tenté de joindre la gravité pour commentaire; elle a laissé un message court, tombé… nulle part. Les experts consultés (dont certains n’existent peut-être que pendant les jours impairs) s’accordent à dire que cette légèreté passagère a du poids, ce qui, convenons-en, n’arrange personne.

À 14 h 10, tout est redescendu avec la pudeur d’un rideau bien huilé. Les horloges, fébriles, ont voulu rattraper trois secondes, puis y ont renoncé par élégance. Si vous avez lu ces lignes en vous cramponnant à vos points-virgules, bravo: eux aussi s’accrochaient à vous. Nous promettons une mise à jour dès que le bon sens aura retrouvé son badge; en attendant, marchez doucement, l’air a encore la mémoire de votre pas.

Soyez le premier a laisser un commentaire

Laisser un commentaire