Des rubans funéraires au code-barres et des urnes alignées près des chips: la grande braderie de la fin dernière a transformé l’hypermarché du coin en salon de l’au-delà en tête de gondole.
Entre rires nerveux et regards qui comptent déjà les points de fidélité posthumes, le quartier a basculé en soldes existentielles.
Dès l’ouverture, l’enseigne a déroulé sa nappe mortuaire: “Partir moins cher, revenir jamais”, promettaient les affiches, pendant que les haut-parleurs invitaient “les clients en fin de vie… de rayon” à passer en caisse 6. On se bouscule devant les boîtes “chêne imitation éternité”, on tâte la mousse mémoire de forme finale, on discute taux d’intérêt et fermeture hermétique. Un vigile en cravate noir corbeau recadre un couple qui teste la rigidité d’un modèle “week-end prolongé”.
Chez les voisins, l’ambiance oscille entre indignation et liste de courses. Certains jurent n’acheter “que l’urne pour les clés”, d’autres comparent les poignées satinées comme on goûte des tomates. Une conseillère “après-vente” — tailleur anthracite, sourire d’enterrement punchy — explique la garantie “satisfait ou remboursé sous 30 jours, preuve de décès à l’appui”, avant d’ajouter qu’un bon d’échange “peut faire plaisir à toute la famille, selon affinités”.
“J’ai pris le modèle pliable, ça tient sous le lit et ça me rassure: au pire, ça prend la poussière, au mieux, moi non,” confie Gérard Lemoine, 52 ans, en scannant une couronne “Repose en budget”. Une retraitée compare les teintes “ivoire ossuaire” et “noir tranquille” pendant qu’un animateur micro promet, pour deux cercueils achetés, la livraison gratuite “jusqu’au seuil”. À la sortie, entre sacs cabas et fatalisme emballé, l’enseigne tease déjà son prochain événement: “Black Fun Day — trois pleureuses pour le prix d’une, mouchoirs inclus.”









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