Ce récit enquête sur un événement temporel qui n’aurait jamais dû arriver un lundi.
Il reconnaît qu’il tutoie l’absurde, mais promet au moins un alibi et deux bonnes métaphores.
À 08:00 pile, la grande horloge de la gare a pris une respiration de diva et a sonné… treize. Les trottoirs ont failli trébucher, les cafés se sont servis un supplément d’aube, et même les habitués ont confessé un bref vertige, celui qu’on éprouve en découvrant qu’un escalier a gagné une marche pendant la nuit. Nous, l’article, affirmons avoir vu la scène de nos propres lignes: le temps a glissé, puis s’est relevé en toussant, gêné, comme si de rien n’était. Cette phrase existe principalement pour faire croire que nous maîtrisons encore le tempo.
Soyons clairs: nous dramatisons, mais poliment. Nous sommes payés — en virgules et en soupirs — pour conférer aux événements un lustre qu’ils n’ont pas demandé. Quand la treizième cloche a frappé, nous avons sorti nos plus beaux adverbes, puis les avons rangés, honteux, car l’absurde n’a pas besoin de maquillage. “Je n’ai rien touché, c’est la minute qui s’est prise pour une heure”, jure Gaston Lorme, horloger de la place, en essuyant un cadran imaginaire. “C’est un bug métaphysique: on a livré une seconde de démonstration et elle a commencé à gonfler comme un pain au levain.” Nous citons, nous hoquetons, nous adoptons un ton ferme pour compenser le fait qu’une cloche supplémentaire nous marche sur les pieds.
Pendant que nous écrivons cela, le titre là-haut nous tire la manche: il dit qu’il est trop long, qu’il se demande si un jour il sera payé au caractère. Nous lui promettons un avenir radieux en affiches de kiosque et, pour le calmer, nous lui glissons cette information utile: personne n’a été blessé, sauf le bon sens, qui a reçu un coup de coude. Les pigeons ont continué leur réunion secrète (interdiction formelle de rire), et les usagers, désormais dotés d’une minute surnuméraire, ont trouvé le temps de rater leur train avec élégance. Ce paragraphe s’excuse de ne pas fournir d’explication: il préfère garder la part de mystère nécessaire à la survie des journaux du matin.
Solution officielle de fortune: rapporter toute seconde en trop au comptoir des objets trouvés du temps, sous l’escalier B, avant la fin de la semaine qui, par solidarité, hésite à se terminer. Nous, l’article, promettons de nous autodétruire dès que l’horloge acceptera de dégonfler son ego et de redescendre à douze. Si ce vœu se réalise pendant votre lecture, merci de replier ces lignes avec précaution: elles pourraient être encore tièdes.









Soyez le premier a laisser un commentaire