Ce matin, la mer s’est mise à écrire des pleins et des déliés sur le trottoir, à l’encre de café renversée.
Les horloges, soudain molles comme des coquelicots tièdes, bâillent aux balcons en laissant couler des secondes en caramel.
Dans la ville, les réverbères portent des moustaches parfaitement cirées et tiennent la pose, croyant être des portraits. Les trottoirs, polis comme des galets rêveurs, refluent et reflètent, indécis, une lumière qui a perdu ses chaussures. Au marché, des abricots à tiroirs offrent des secrets au poids, pendant que les ombres s’évadent des théières, impeccablement coiffées de vapeur.
Un escalier en dentelle descend tout seul vers la mer, tremblant d’un murmure de porcelaine, et des béquilles plantées dans le sable soutiennent le ciel, au cas où il se plierait en quatre. Des girafes de chiffon s’étirent jusqu’aux toits, faisant claquer des rubans à la place des cils. Sur la place, une montre liquéfiée glisse lentement dans la gueule dorée d’une sardine immobile, qui cligne des écailles comme on tourne une page.
« J’atteste que le silence a le goût beurré du matin, et qu’il laisse des miettes sur les nuages », soupire la vieille cloche somnambule, regardée de biais par un œuf en costume. Le marchand de nuages, qui rend la monnaie en gouttes d’huile, lève les épaules: il a vendu trois cumulonimbus pliables et un crépuscule en solde, sans réussir à rassurer la lumière qui cherche encore sa signature.
Au fond, dans un tiroir oublié du paysage, des fourmis très ponctuelles rangent les minutes par couleurs et attachent les heures avec du fil d’or. La mer finit sa phrase, referme son stylo, puis recule d’un pas bien élevé. On jurerait qu’un parfum de vanille tient le monde par la main, tandis que le soleil, timide, s’excuse de fondre et promet de revenir, impeccable, au prochain battement d’ombre.









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