Ce matin, la ville s’est levée avec des heures en chocolat et des minutes qui miaulent.
Personne n’a su où ranger la mer, tombée des cadres pour dormir sur les toits.
À l’aube, une vague de temps tiède a coulé hors des carillons, vernissant les trottoirs d’un miel chronométré. Les balcons, pris d’une lenteur élancée, se sont étirés jusqu’à chatouiller la cloche du beffroi, pendant que les escaliers apprenaient à descendre à reculons. On a vu des chapeaux s’asseoir tout seuls sur des bancs pour écouter la respiration des valises, et des moustaches d’ombre grimper aux fenêtres comme des lianes de minuit.
Sur la place, les réverbères buvaient les flaques de clair de lune à la paille, et trois éléphants aux pattes filiformes traversaient la poussière en équilibre, portant des obélisques d’écume vers un horizon froissé. Un rhinocéros spiralé, paré de dentelle, a brouté le mot “demain” sur une affiche de brume; aussitôt, le calendrier s’est mis à pondre des boutons de nacre. Les maisons, jalouses, ont ouvert des tiroirs dans le ciel pour y ranger leurs rêves encore tièdes.
“Je bois l’heure comme on croque une étoile, et elle me répond avec un parfum de beignet cosmique”, a confié Mme Consuelo des Sables, gardienne du Phonoscope du Port-aux-Rêves, en essorant soigneusement un nuage dans une soucoupe. “Quand le temps fond, il devient audible: il cliquette sous la langue, puis il rit, long, très long, avec des jambes.”
En catastrophe lente et polie, les horlogers en tabliers d’algues ont tendu des fils à linge entre deux clochers pour y sécher les secondes, pendant que les boulangers pétrissaient des aurores farcies de silence. On promet qu’à midi, si midi consent à ne pas bâiller, tout reviendra à peu près de travers: la mer reprendra son cadre, les minutes rentreront dans leurs poches, et la journée, doucement égarée, s’allongera sous un parasol de sable pour oublier de finir.









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