À l’instant où la lumière a bâillé, les minutes ont gonflé comme une pâte docile sur les corniches.
Des aiguilles flasques, pendues aux balcons, servent des tranches d’heure encore tièdes aux passants médusés.
Ce matin, la ville a découvert que la chronologie avait des miettes. Les cadrans, alanguis par une sieste interminable, glissaient le long des façades en traçant sur la pierre une confiture de midi. Sous les arbres maintenus par des béquilles d’ombre, les moustaches des vitrines indiquaient simultanément le lever du rêve et la fermeture du réel, tandis que la fontaine municipale, soudain très patiente, distillait du miel de seconde en seconde, jusqu’à renoncer au couvercle du temps.
Sur la place, les bancs ont dressé d’immenses pattes d’échasses pour mieux contempler l’horizon plié en accordéon. Des chaussures, envahies de sable bleu, marchaient sans pieds à la recherche d’un quart d’heure clément. Une dame au chignon en coquille d’œuf a juré avoir entendu un coq chanter à rebours dans une tasse de porcelaine: « J’ai réglé ma montre sur le bruit des oranges qui se taisent, et depuis, je suis ponctuelle au rêve », a-t-elle murmuré en cueillant une minute tombée comme une figue.
L’Institut des Ombres Étirées, réuni autour d’une table ovale qui penchait vers demain, a proposé de mesurer la durée au couteau à beurre. « Le temps est un gâteau sans recette: nous le tranchons pour nous rassurer, mais il repousse dès qu’on le goûte », a déclaré le professeur Anselme Pourpier, conservateur du Musée des Sables Figés, en tirant de sa manche un tiroir rempli d’aurores de secours.
Ce soir, on annonce des nuages repassés à la braise et un crépuscule pliable, format poche. Les habitants sont invités à enfourner leurs agendas dans le four tiède du lampadaire le plus proche: demain, les heures se vendront à la coupe, et l’on pourra, contre quelques rêves bien mûrs, repartir avec un petit-déjeuner de temps, beurré d’infini.









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