Au petit matin, des montres molles ont glissé des balcons comme des pêches trop mûres, sonnant douze au goût de sel.
La ville, coiffée d’un drap d’écume, a appris à respirer par les yeux tandis que les tiroirs du ciel claquaient doucement.
On a vu les places devenir des plages métaphysiques: le sable écrivait des titres en se renversant vers le haut, et chaque cloche, fondue à demi, carillonnait une heure qui ruisselait par la gouttière. Des parapluies s’ouvraient sous les lits, croyant pleuvoir par en dessous. Les vitrines exposaient des chaussons pour nuages et des cartes postales sans revers.
Les boulangers pétrissaient des ombres tièdes et en tiraient des miches qui sentaient la sieste. Un piano, posé au fond d’une fontaine, jouait sans doigts la rumeur d’une orange qui pense. La poste, devenue aquatique, timbrait les lettres avec des gouttes de distance et promettait des retards rétroactifs. Partout, les murs transpiraient de l’or ancien, comme si les cadres avaient rêvé trop fort.
« Nous avons pesé la lumière avec une cuiller: elle pèse un soupir », affirme le Dr Octave Virevolte, Conservateur des Sables Horlogers, en désignant un modèle réduit de midi qui fond sur une carte de mer intérieure. Selon lui, l’incident ne relève pas du temps qu’il fait, mais du temps qui se souvient de lui-même.
D’ici ce soir, les trottoirs devraient s’allonger comme du caramel pour laisser passer les pensées qui circulent à genoux. On conseille aux passants d’attacher une cuiller à chaque cheville afin d’éviter toute ascension involontaire du regard. Demain, promet-on, l’édition paraîtra à l’encre d’ombre et se lira en fermant les paupières très fort.









Soyez le premier a laisser un commentaire