Après une nuit de délibérations métaphoriques, l’Office Officiel du Point-Virgule impose une Respiration Citoyenne des phrases.
Au programme: permis de converser, contrôles de cafés et confiscation de mots pour cause d’élan oratoire incontrôlé.
Dans un communiqué écrit en alexandrins puis coupé net au milieu, l’Office Officiel du Point-Virgule (OOPV) annonce la mise en place d’une Charte de la Pause Parlée. Toute phrase composée de plus de sept mots devra intégrer un point-virgule audible, matérialisé par un bref silence avec regard lointain. Des brigades d’Écoute Responsable circuleront en terrasse pour vérifier l’aération grammaticale; les contrevenants se verront retirer un mot au hasard, immédiatement et sans recours, jusqu’à nouvel ordre de respiration.
Les files s’allongent déjà devant les Guichets de Ponctuation: on y distribue des manuels de soupir, des kits de virgules biodégradables et des tirets de secours pour conversations de fin de journée. Les libraires, promus entraîneurs respiratoires, organisent des ateliers “Silence franc et point-virgule net” où l’on apprend à regarder le plafond avec dignité tout en laissant sa phrase en suspens. Dans certaines boulangeries, le traditionnel “Ça sera tout?” devient “Ça sera tout; ou presque?” afin d’éviter les scellés syntaxiques.
“Il ne s’agit pas d’interdire, mais d’intercaler; pas de restreindre, mais d’espacer; la société a besoin d’oxygène grammatical,” aurait déclaré Paulette Signe, directrice générale adjointe par intérim permanent de l’OOPV, avant de marquer une pause exemplaire de trois secondes et demie. “Nos équipes fourniront des masques à soupirs et des gilets réfléchissants pour hésitations nocturnes.” Elle précise que chaque commerce devra afficher son “Quota de Silence Apprivoisé” à côté des horaires d’ouverture, sous peine d’être condamné à parler en notes de bas de page pendant une semaine.
Les sanctions s’annoncent créatives: retrait du mot “truc” pour récidive, obligation de conclure toute phrase par “à suivre” lors des grands repas, et, pour les bavards invétérés, un stage de rééducation au Centre de Mise en Doute Constructive. L’Amicale des Parenthèses Inutiles appelle déjà à une sieste syntaxique géante samedi, en demandant “du calme, du calme; et des guillemets pour tout le monde”. Quant au marché noir, il s’organise: on murmure qu’au fond des couloirs d’immeubles, des passeurs vendent des virgules non déclarées—par lot de dix, sous cellophane, avec ticket de ponctuation compris.









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