Partir sans se ruiner: banderoles fluo, étiquettes rouges et sourires crispés sur trottoir blanchi par le givre.
Dans le quartier on rit jaune; au funérarium on passe à la caisse avant de passer dans la caisse.
Dès l’aube, le parking du FunéRama s’est transformé en salon de l’économie morbide: arches de ballons gris perle, brumisateurs au parfum “bois verni”, et un DJ qui enchaîne des slows sans refrain. Sur la vitrine, un sticker promet “Sérénité garantie ou remboursée”, juste au-dessus d’un bac “destock défectueux” où s’alignent des urnes avec micro-rayures. À l’intérieur, les vendeurs portent des badges “conseillers en éternité” et un sens de l’humour taillé comme une lame de marbre.
“Nous voulons dédramatiser et démocratiser le grand départ, parce qu’au fond, personne ne sort gagnant de la vie, alors autant gratter -70%,” assure, la main sur le catalogue, Damien Grisot, directeur commercial au teint mat. “C’est une opération profondément humaine,” ajoute-t-il, en nourrissant le diffuseur d’ambiance baptisé “Dernier souffle”.
Les voisins, eux, jurent sentir “l’esprit des grandes surfaces” plus que celui des lieux de repos. Une boutique d’à côté se plaint de voir sa vitrine noyée sous des confettis en forme de couronnes mortuaires et des flyers “Payez en trois fois, partez une fois”. Dans la file, une vieille dame farfouille un bac “accessoires”: coussins d’éternité, abat-jour crématoire, livret de points “10 tampons = 1 plaque gravée offerte”. Le magasin promet de prolonger l’opération “jusqu’à épuisement des stocks… et du reste”, avec, en cadeau, un porte-encens “Souffle final” pour les cent premiers clients qui gardent leur sang-froid.









Soyez le premier a laisser un commentaire