La cité, surprise en flagrant rêve, a vu ses horloges se liquéfier et ses places s’allonger comme des chats d’ombre.
Rien de grave, assurent les spécialistes du sommeil diurne: il suffit d’apprendre à marcher sur le dos des minutes.
À l’aube, le temps a perdu ses os. Les balcons ont bâillé jusqu’au trottoir, les vitrines ont changé de peau, et les clochers, pris de pudeur, se sont coiffés de serviettes tièdes. Dans les caniveaux, des gouttes de midi filent vers la mer en claquettes; sur les bancs, des gants de velours tiennent la main à des journaux encore tièdes d’horizon. Un marchand de poussière a dressé une tente de silence pour peser les secondes au gramme près, pendant que les passages piétons, humides de songes, prennent la tangente.
Au Conservatoire des Rêves Appliqués, on distribue des modes d’emploi imprimés sur des nuages domestiques. Conseils officiels: attacher sa minute préférée à un bouton de chemise, beurrer légèrement l’ombre avant de sortir, et respirer à rebours quand les portes se mettent à hennir. “La gravité n’est qu’un point-virgule mal coiffé”, murmure la professeure Azura Lépine en traçant une parabole sur une nappe froissée. Elle prétend que le cœur bat mieux quand on lui parle à la paille.
Les témoins disent avoir vu un piano sortir sa langue et lécher une sonate jusqu’à l’os du silence. “Je me suis reconnu dans une flaque d’horloge, et j’ai poliment demandé mon chemin à une chaussure endormie”, affirme Gaspard Serpillère, dompteur de poussière à temps variable. D’autres rapportent que les escaliers, émus, ont commencé à descendre les gens avec une délicatesse de draps frais; plusieurs feux tricolores, pris par l’odeur du pain, ont passé leur matinée à lever des miettes lumineuses.
En attendant que les façades retrouvent leur rigidité de façade, les fontaines portent des gants pour ne pas mouiller le silence, et les boulevards apprennent à cligner de l’œil. On annonce pour ce soir une bruine de regards au format timbre, à coller derrière l’oreille pour que la nuit sache où vous rêver. Demain, si tout se déroule, on roulera le ciel comme un tapis et l’on secouera la poussière d’étoiles au-dessus des nappes: on appelle ça, dit-on, remettre l’heure à plat.









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