Les vitrines bâillent, les cuillers se signent, et le soleil, en robe de nuit, recommence sa sieste debout.
Une Pluie de Montres Molles Déclare l’Aube Ouverte
À l’aube, la ville s’est trouvée nappée d’un caramel d’heures: des horloges glissaient des balcons comme des fruits trop mûrs, et les passants cueillaient des secondes à même le pavé pour les ranger dans leurs poches à tiroirs. Les kiosques ont déplié des journaux tièdes où l’encre, prise de vertige, écrivait en ondulant. On a vu des chaussures marcher seules, guidées par des lacets pensifs, pendant qu’un réverbère, très ému, laissait tomber un soupir en verre.
Dans le tumulte feutré, la rédaction du Temps Déraisonnable a été envahie par des moustaches indépendantes qui signaient l’éditorial à l’envers, pour que les lecteurs le lisent en rêvant. Les éléphants à pattes de fil dressaient des passerelles entre les paragraphes, et chaque virgule était une petite chaise où s’asseyait un souffle. Les linotypes, prises par l’odeur du café invisible, ont imprimé vingt éditions de silence, toutes vendues avant d’être entendues.
« Nous avons plié midi en accordéon pour mieux respirer treize heures, et si la logique vous serre, desserrez un bouton de nuage », confie le Concierge des Mirages, le chapeau rempli de sel d’étoiles domestiques. Sa déclaration, écrite sur un ruban de fumée, a été archivée dans un tiroir d’averse, à côté d’un couteau qui beurrait la lumière. Les témoins, bouche ouverte comme des boîtes à musique, juraient avoir vu un calendrier apprendre à nager.
Ce soir, annonce la ville, le vent distribuera des programmes brodés d’insomnie tendre: ouverture par un tintement de souliers vides, interlude de glycines en robe de verre, et final où la lune, posée sur une béquille, dégustera une soucoupe de lait d’horizon. D’ici là, quiconque retrouvera une minute perdue est prié de la replacer délicatement sous une ombre: elle y reprendra forme, et peut-être chantera-t-elle, comme un timbre poste qui rêve d’être un timbre de voix.









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