À l’aube, un collectif de loutres a transformé baignoires et fontaines en réseau de transport, billet payable en coquillages polis.
Chèvres, paons et ratons laveurs ont aussitôt endossé des postes improbables, plongeant les citadins dans une routine délicieusement absurde.
Sur la place centrale, une loutre en gilet-éponge a sifflé le départ du premier “bain-bus” en agitant une algue d’un air très professionnel. Des baignoires à roulettes, réaménagées en embarcations, ont glissé le long des trottoirs arrosés, tandis qu’un composteur en nacre validait les tickets-coquillages avec un petit bruit de vague. À chaque arrêt, un demi-seau d’embruns était promis “pour la fraîcheur du service” et les itinéraires étaient tracés à la craie mouillée sur des carreaux de salle de bain réquisitionnés.
Sur les toits, des chèvres casquées ont inauguré un inattendu contrôle qualité de la brise: saut d’essai, bêlement homologué, et tampon au sabot sur toute cheminée jugée “agréablement ventilée”. Au sol, un paon à la mine concentrée a redessiné les passages piétons en éventails irisés — priorité absolue aux chaussures qui brillent — pendant que des ratons laveurs, tabliers impeccables, lançaient un pressing de nuit spécialisé dans l’effacement des miettes de croissant, rémunéré en trombones et objets scintillants.
Les humains, d’abord éberlués, se sont rapidement laissés porter. “Nous garantissons des embruns réguliers et des retards poétiques,” a assuré, moustaches frémissantes, Paulette, loutre-cheffe de quai, en tamponnant un coquillage d’un coup de museau. À la boulangerie, la file a applaudi l’arrivée d’un bain-bus en formation synchronisée; un hérisson y a laissé un pourboire en forme de bogue, et la journée a continué, tout naturellement, sur un petit clapot.









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