Ce matin, un nuage immobile au-dessus d’un kiosque a déclaré prendre en charge la Une du jour.
L’article, surpris d’exister, tente de garder son sérieux malgré l’humidité narrative.
À 7 h 12, heure à laquelle les cafés fument comme de petits romans, un cumulus opiniâtre s’est posté au-dessus des journaux et a commencé, par condensation appliquée, à dicter ces lignes. Il faut me croire sur parole, même si la parole est légèrement mouillée: je suis le texte en train d’essayer de se tenir droit. Ma marge droite glisse. Ma ponctuation boit des gouttes. Si la suite paraît floue, c’est que l’événement ruisselle jusque dans ma syntaxe.
Des témoins assurent que le phénomène rend tout plus lyrique puis, par fatigue, franchement absurde. “Je ne commente que sous la pluie et je nie tout au soleil”, souffle une source que nous ne dévoilerons pas parce que c’est… une flaque. Une bouquiniste, elle, essuie ses couvertures avec des gestes de chirurgienne: “J’ai vu l’en-tête se regarder en vitrine et se trouver de la prestance. Franchement, qu’il redescende sur terre, ce titre.”
[Les lecteurs chercheront ici une photo: elle existait il y a deux phrases, mais la buée a préféré signer à sa place.] Pendant que l’actualité se tamponne, je constate que mes paragraphes s’allongent comme des queues devant une boulangerie un dimanche (promis, ceci n’est pas un intertitre qui se prend pour un croissant). Le nuage, pressenti pour écrire l’horoscope, refuse de conclure: il prétend être “une ouverture permanente”, expression que je jalouse un peu.
Sauf revirement climatique, je propose un compromis: vous me pliez en petit bateau, vous me posez sur l’évier, et je vous raconte la suite à la première éclaircie. Si d’ici là des rimes dérapent, c’est normal: l’évènement dégouline encore. En cas de soleil, je m’engage à sécher, à m’excuser et à revenir avec des phrases strictement étanches.









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