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L’Aube s’enroule comme une montre: la ville boit la mer par les paupières

Au petit matin, les aiguilles fondent en rivières et les passants marchent sur des ombres réticulées.
Sur la grand-place, les maisons bâillent des tiroirs et les moustaches attrapent le vent comme des filets à papillons.

On a vu les réverbères pousser des oranges tièdes pendant que la cloche du beffroi déposait son cuivre sur le pavé, tel un lézard assoupi. Les trottoirs, pris d’une fièvre de velours, se sont mis à flotter à deux doigts du sol, libérant un parfum d’encre et de figues. Les vitrines se sont retournées comme des gants, révélant des forêts de boutons prêts à pleuvoir.

Interrogée à l’angle d’un passage piqué de sel, Eugénie Mirobolante, conservatrice des Nuages Trouvés, s’est essuyé le front avec un rideau de théâtre avant de soupirer: “Depuis midi, le temps a perdu ses lacets; il marche pieds nus sur nos souvenirs, et chaque pas fait pousser une chaise dans l’air.” Dans son panier, des secondes enroulées comme des escargots somnambules attendaient qu’on leur peigne la spirale.

Sur les bancs frémissants, des bicyclettes écloses d’œufs sonnaient leurs cloches de l’intérieur de la coquille. Une fontaine écrivait au ralenti, avec de l’eau invisible, une lettre parfumée à la cannelle sur les genoux des passants émerveillés; on y lisait que le sel préfère les larmes carrées et que la distance se mesure désormais en battements de nappe. Les statues, fières et poreuses, exhalaient des papillons faits de miettes, qui venaient s’accrocher aux boutons des rêves.

Ce soir, annonce la Rédaction des Sables, les tiroirs du ciel ouvriront leurs poignées: pluie de lucioles à 23 h, suivie d’un clair de lune en accordéon. Les lecteurs sont priés d’apporter une ancre à leur pensée, car l’édition de minuit se lira à l’envers, sous une nappe étendue entre deux soupirs. “Ne paniquez pas, conseille le kiosque, nous plions l’improbable pour mieux le repasser.”

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