L’avenue des Mirages s’est trouvée nappée d’heures tièdes, pliées comme des draps au bord des balcons.
Les gardiens du sommeil conseillent de rouler les minutes en cigares de bruine pour éviter qu’elles ne s’évadent par les serrures.
Au premier café, les lampadaires se sont mis en joue avec des béquilles de lumière, tenant droit le trottoir qui se souvenait d’avoir été un océan. Des cuillers, fatiguées d’être solides, prenaient la sieste sur les tasses en laissant tomber un fil de caramel vers le plafond. Un escargot de cuivre, patient comme un vitrail, traçait une spirale de poussière sur la vitrine: il écrivait l’alphabet du sirop. Au-dessus, un nuage s’ouvrait comme un tiroir et distribuait des gants de velours pour toucher le chant des pierres.
« Je remonte les marées avec un peigne à papillons, et l’heure s’assoit d’elle-même sur mon épaule », a assuré Marinette du Sable, horlogère de marée, en épinglant une seconde rieuse au revers de son tablier. Son atelier, posé entre deux soupirs, fabrique des pendules qui respirent: elles expirent des dimanches, inspirent des lunes en dentelle, puis bâillent un parfum d’amande. Selon elle, tout est normal: le temps aime l’été, il cherche la fenêtre, il fond sur le rebord, puis se souvient qu’il sait nager.
Plus loin, la place de la Sieste a troqué ses pavés contre des coussins de poussière polie. Les statues ont demandé des mouchoirs pour éternuer des orchidées, et les vitrines un peu d’encre pour repeindre l’horizon en chandail. Les tramways ne bougent plus, mais leurs sifflets continuent, peints en l’air, tenus par des fils invisibles. On annonce pour demain une averse de plumes et l’inauguration du Musée des Mercredis Évaporés: il faudra venir sans montre, mais avec de la confiture de silence pour tartiner la rumeur des pas.









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