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LES HORLOGES S’ÉGOUTTENT SUR LA PLACE: LE MATIN REFUSE DE TENIR DEBOUT

Au lever du jour, la ville a trouvé le temps en flaque, étalé comme une confiture de cuivre sur les pavés polis.
Des tiroirs ont poussé dans le ciel, et des béquilles d’ombre soutiennent désormais les rayons du soleil vacillant.

Sur la grande place, les cadrans ont pris l’habitude des flaques: ils s’y regardent, vagues, et perdent leurs aiguilles dans un frisson d’argile. Les passants enjambent des minutes comme on évite les escargots après la pluie. Un violoncelle, persuadé d’être un paratonnerre, aspire en soupirant les cloches liquéfiées du beffroi, tandis qu’un œuf géant, fissuré de lucioles, hésite à éclore en plein banc public.

Dans les rues adjacentes, les vitrines respirent avec une lenteur de chapiteau humide; chaque souffle déplace une procession de fourmis dorées qui recousent le trottoir à l’horizon. Les escaliers, pris d’un vertige élégant, se déroulent comme des langues de velours et montent à reculons vers des portes peignées de nacre. On croise des chapeaux à moustaches qui marchent pieds nus, et des maisons qui, par pudeur, se couvrent de dentelles de brume.

« J’ai réglé la seconde sur le battement d’une orange, et pourtant elle pleure encore par la peau », confie Sériphine Mirador, gardienne des secondes municipales, en pressant contre elle une montre qui dégouline comme une chandelle en été. Elle ajoute, le front cerclé d’un ruban de sel: « Nous allons suspendre le crépuscule à des béquilles fraîches, pour qu’il apprenne à tenir sans tomber. »

Plus loin, le vent s’essaie à peindre des moustaches à la mer, mais le rivage, vaniteux, s’entoure d’un cadre pour ne pas se laisser corriger. Au-dessus, un troupeau d’éléphants aux pattes de porcelaine traverse le ciel avec la discrétion d’un secret très lourd. Quand midi sonnera — si jamais il retrouve sa voix — la ville promet de boire le temps à même la louche, puis de le reposer, tiède et docile, dans la poche intérieure d’un rêve.

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