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Coincés à 7 h 59: la minute boude, la ville respire en boucle

Depuis l’aube, les montres font du surplace et cet article fait semblant de ne pas paniquer.
Promis, tout cela est sérieux, sauf la partie où le texte se regarde écrire qu’il est sérieux.

On l’affirme avec l’assurance molle des titres trop sûrs d’eux: le temps s’est garé en double file à 7 h 59. Nous avons tenté de vérifier l’information à 8 h 00, mais—et c’est ici que l’intrigue sabote son propre réalisme—8 h 00 n’existe plus. Si vous sentez une impression de déjà-lu, ne vous inquiétez pas: ce n’est pas une relecture, c’est ce paragraphe qui revient vous dire bonjour avec la même poignée de secondes.

Dans les rues, tout recommence poliment: le boulanger recoupe la même baguette à l’infini, un chat baille en boucle avec un professionnalisme exemplaire, et les feux piétons hésitent entre rouge et raconte. Une file d’attente se félicite de sa ponctualité perpétuelle; notre carnet de notes aussi, qui prétend contenir “des éléments nouveaux” mais ne cesse d’aligner la même écriture penchée. [Note interne du texte: à ce stade, nous devrions apporter un témoignage; à défaut, nous apporterons notre propre conscience d’être un article.]

“Techniquement, la seconde tient bon; c’est la narration qui cale,” confie Clémentine Aiguilles, horlogère d’opinion et de comptoir, en tapotant un réveil vexé. “Nous avons proposé à la minute de se détendre sur un coussin chauffant. Elle a répondu qu’elle n’était pas contre, juste immobile.” L’experte assure au demeurant n’avoir jamais vu une parenthèse durer aussi longtemps (et nous confirmons—elle dure encore).

Au moment de conclure, la minute exige un suspense, comme si elle était payée à rallonge. Nous écrivons donc: fin. Puis nous corrigeons: fin bientôt. Puis, très honnêtement, nous admettons qu’à 7 h 59, tout se remet exactement à sa place—y compris cette phrase, qui a la décence d’arriver à temps.

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