Dans la nuit, A, E, I, O et U ont déserté les écrans et les enseignes, laissant des messages en mode morse improvisé.
Épiciers, animateurs radio et poètes de quartier rivalisent d’astuces: on siffle, on mime et on trace des ronds dans l’air pour combler les trous.
Au petit matin, les vitrines affichaient “Prmt’ns rspct’x” et “Pn frs, bgrs ssm”, tandis que les boulangers rebaptisaient “pain au levain” en “pn lvn” — un nom jugé “plus croquant à l’oreille”. Dans le métro, un agent bienveillant distribuait des cartons avec des O découpés pour aider les voyageurs à articuler des annonces devenues “Prchn sttn: Pls d l Cncrd”.
Sur les ondes, les présentateurs tentaient l’ultime parade: remplacer les voyelles par des sifflements, ce qui transforma la météo en solo de bouilloire. “On avait prévenu: elles étaient fatiguées de porter les mots sur leur dos,” soupire Madame Tréma, directrice du très sérieux Musée du Point sur le i. “Elles demandent juste qu’on arrête de les crier le lundi matin et de les oublier dans ‘accueil’.”
Les technologistes, pris de court, ont lancé une mise à jour baptisée “AEIOU 2.0”, censée générer des voyelles de synthèse; hélas, le correcteur a proposé “y” pour tout, plongeant les conversations dans un brouillard lyrique (“bynjyr, cmmnt c y v y?”). À la tombée du jour, des cartes postales signées d’un majestueux “Ô” sont apparues: “Nous revenons quand vous aurez appris à nous savourer. En attendant, murmurez.”









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